Nous sommes une quinzaine pour suivre avec intérêt Jeremy Jaegers, Président des Naturalistes de Charleroi, à la découverte des Galles et Mines d’insectes sur les végétaux de la réserve, réserve encore archi-sèche ! Nous sommes désolés de relever plusieurs endroits de feux allumés volontairement dont un assez étendu dans la roselière principale, nous n’y entendrons plus la rousserolle qui s’était pourtant bien manifestée le 9 août.
Sous le viaduc du R3, notre guide commence par nous donner un peu de théorie.
Une galle (ou cécidie) est une excroissance anormale de tissus végétaux qui se forme sur les feuilles, les tiges, les bourgeons, les fleurs ou les racines d’une plante. Elle est déclenchée par l’intrusion ou l’attaque d’un organisme parasite (le plus souvent des insectes ou des acariens, mais parfois aussi des champignons, des bactéries ou des nématodes). En piquant la plante ou en y déposant des œufs et des substances actives, le parasite force génétiquement le végétal à modifier sa croissance, la plante réagit en fabriquant une « loge » protectrice et nutritive autour du parasite.
Une mine sur végétal désigne généralement une galerie creusée à l’intérieur d’une feuille par la larve d’un insecte parasite (comme une petite mouche ou un papillon), qu’on appelle un insecte mineur ou mineuse. La larve se nourrit des tissus internes de la feuille en naviguant entre les deux faces de l’épiderme, ce qui laisse des traces sinueuses, des taches blanches ou des tunnels transparents caractéristiques.
Nous avons pour consigne de rechercher ces galles et mines sur les plantes indigènes, pas sur les buddleia, cotoneaster, solidage du Canada qui sont des végétaux introduits auxquels nos insectes locaux ne portent que peu d’intérêt.
Voici quelques trouvailles assez spectaculaires :
- sur feuille de ronce : une mine très commune en un long couloir élargi à chaque mue de l’insecte, entre 2 nervures secondaires plus coriaces, Stigmella aurella
- sur feuille de frêne : un autre type de mine, en tache aux formes arrondies, trace laissée par la larve d’un micro-lépidoptère, Gavillaria siringella
- en bout de rameau de saule, la rose des saules, un ensemble de plusieurs dizaine de feuilles raccourcies et ramassées en rosette due à la ponte d’un petit diptère Rhabdophaga rosaria
- sur la feuille de l’érable sycomore, une petite boule au revers due à l’action d’un petit hyménoptère, Pediaspis aceris
- sur feuille d’aulne, une série de petits trous de 4-5 mm de diamètre dus à un autre microlépidoptère Incurvaria pectinea
- plus rare, sur centaurée, une galle de feuilles déformées en une sorte de petit palmier due à un acarien, Aceria grandis (la galle du site selon notre guide !)
- sur églantier, un beau bédéguar, la galle la plus étudiée, due au départ à une sorte de petite guêpe, Diplolepis rosae, suivie ensuite par d’autres arthropodes qui ne savent pas induire ces tumeurs végétales mais qui savent profiter au maximum de celles existantes
- dans la tige du phragmite aux entre-noeuds télescopés, se loge la larve d’une mouche Lipara lucens qui s’entoure d’une chambre lignifiée dont elle pourra sortir grâce à un champignon dévoreur de lignine dont les spores auront été introduites lors de la ponte initiale
- sur feuille de saules, des protubérances rougeâtres due à Pontania proxima, insecte de la famille des tenthrèdes
- sur feuille de noisetier, une très belle mine argentée reconnaissable entre mille, mine épidermique sur la face supérieure due à Phyllonorycter coryli, un micro-lépidoptère de nuit
- à l’angle de 2 nervures sur feuille d’érable champêtre, une galle en forme de grosse verrue due à un acarien, Aceria macrochela
- un renflement allongé sur tige de ronce à l’intérieur de laquelle peut se trouver une dizaine de larves d’une petite guêpe Diastrophus rubi
- sur feuille de ronce, des petites taches jaunâtres dues à une rouille, un champignon nommé Kuehneola uredinis qui va jusqu’à trouer la feuille de part en part
- …
La liste complète des observations faites lors de cette sortie atteindra une bonne trentaine de galles et mines, toutes postées sur le site observations.be.
La Réserve Naturelle du Brun Chêne s’enrichit ainsi d’années en années pour atteindre plus de 1189 espèces enregistrées au moment de rédiger ce petit résumé.
Impressionnant !
Une belle journée, un très grand bravo à Jeremy pour ses connaissances et sa simplicité à les partager à notre petite troupe admirative.
Textes et photos : EK & JPC

















